mercredi 9 février 2011

Tragédie grecque.

Madame Perséphone, non contente d'avoir une horde de piou-pious surexcités du bocal à gérer, a aussi l'insondable joie d'avoir dans sa classe un cas social: Piou-Piou-LeQuesnoy. Malheureusement, des Le Quesnoy, il n'a que le style vestimentaire et la verve très années 50. Pour la situation familiale, on serait plutôt dans le genre Groseille...

Pas drôle, c'est certain. Cela dit, le Piou-Piou est particulièrement agaçant: collant comme un vieux chewing-gum scotché à un escarpin et continuellement en train de geindre sur son triste sort, savant mélange entre Phèdre et Caliméro.

Comme à son habitude, ce matin à la fin du cours, Piou-Piou LeQuesnoy se jette sur Madame Perséphone qui, pourtant, le sentant venir, avait affiché sa plus belle mine patibulaire. La conversation surréaliste qui suit est véridique.

Piou-Piou-LeQuesnoy, l'air sombre : "Ahhhh.... Je suis vraiment l'expression de la fatalité", prononcé d'une voix chevrotante, sur un ton haché et la larme à l'oeil.

Madame Perséphone, qui n'en peut plus de supporter ses jérémiades à chaque fin de cours: "Que se passe-t-il encore?"

Piou-Piou-LeQuesnoy: "Hier, j'ai encore été la victime d'un drame".

Madame Perséphone: "Oui? De quel genre?"

"Je ne veux pas vous embêter..." Non, penses-tu! c'est vrai que ce n'est pas ton genre!

"Tu ne m'embêtes pas..." Oui, Madame Perséphone ment...

Attention, voici le récit du drame...

"Hier, en cours de maths, quand nous sommes rentrés en cours, c'était le capharnaüm (oui oui, il emploie vraiment ce mot). Il y a eu des bousculades. Et, quand je me suis assis à ma place, N. et une autre fille, derrière, poussaient ma chaise. J'étais oppressé contre la table, je n'arrivais plus à respirer (ben tiens, c'est vrai que ça arrive souvent les morts d'élèves par étouffement contre leur table de cours!). Alors, je me suis retourné, et j'ai dit à N. :"Faut pas pousser mémé dans les orties!" (mwarf!). La professeure de mathématiques a rigolé quand elle m'a entendu (sans blagues?). Alors là, je suis tombé dans un gouffre, la souffrance était atroce... (???). Je suis donc sorti de cours pour aller chercher de l'aide car la douleur morale était intenable! J'ai fait une crise de nerfs dans le couloir".

A ce moment, se souvenant du drame horrible dont il a été victime -la castatrophe de Furiani faisant figure de pâle blague à côté- Piou-Piou-LeQuesnoy se met à pleurer, mode tragédie grecque on.

"Bon, écoute Piou-Piou-qui-commence-à-me-les-briser-menues-menues, ce n'est pas un drame! On t'a poussé, d'accord, ce n'est pas agréable, mais de là à sortir de cours et faire une crise de nerfs, y a un fossé, que dis-je, un gouffre! Il faut arrêter de tout prendre à la tragédie!"

"Oui mais en plus, je suis allé voir la professeure de mathémathiques (prof de maths bordel!) après et elle m'a dit sur un ton très sec qui m'a profondément blessé (mode j'envisage de me rouler par terre en m'arrachant les cheveux on) que nous verrions cela jeudi."

"Ben oui, normal! Tu croyais quoi? Qu'elle allait te féliciter d'avoir quitté le cours sans permission? Ca suffit là!!!"

S'en suit une tirade de Madame Perséphone qui tente de lui faire prendre conscience de son attitude de victime, et du fait que Perséphone est PROF et pas assistante sociale, psychologue ou psychiatre... Piou-Piou-LeQuesnoy hoche la tête en signe d'assentiment mais repart dans ses lamentations sans fin sur la méchanceté des autres et sur sa, je cite, grande détresse morale. Perséphone est alors sauvée in extremis par sa copine F. qui a assisté à la scène de loin et qui subit le LeQuesnoy à toutes les récrés...

Mot de la fin de Caliméro: "Je reviendrai vous parler vendredi..."

Putain!!!


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire